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Oů en est le développement économique de la Côte d’Ivoire?

admin
May 08 /2014
    
Oů en est le développement économique de la Côte d’Ivoire?

La Côte d’Ivoire vient de lancer un emprunt obligataire de 360 millions d'euros sur le marché financier de la zone euro pour répondre à ses contraintes de financement. Plus de trois ans après la crise post-électorale, le pays redevient une place attractive pour les investisseurs. La croissance est au rendez-vous avec des chiffres qui font la fierté du gouvernement ivoirien.

Une croissance de 9,8 % en 2012, 8,7 % en 2013. Pour 2014, le gouvernement espère une croissance à deux chiffres. Des infrastructures qui sortent de terre ou de la lagune comme le troisième pont routier d’Abidjan, la réhabilitation de l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro ou bien la construction de la centrale électrique de Soubré.

Sur le papier, ou de visu, beaucoup de choses vont mieux en CĂ´te d’Ivoire et, de fait, certains efforts du gouvernement ivoirien sont saluĂ©s par Christian Kouadio, coordonnateur de la Convention de la sociĂ©tĂ© civile ivoirienne (CSCI) : 

« La ville d’Abidjan est en chantier. Toute la CĂ´te d’Ivoire, d’ailleurs, est en chantier. On attend le troisième pont qui devrait dĂ©sengorger Abidjan. Les voies routières pour transporter le cafĂ© et le cacao ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©es et financĂ©es par la Banque mondiale. Â»

Avant de tempérer :

« Mais si on s’en tient au rapport 2014 du FMI [Fonds monĂ©taire international, NDLR], on est toujours Ă  la recherche d’une croissance inclusive. Cela signifie que si vous mettez face Ă  ces points positifs, le taux de chĂ´mage ou de pauvretĂ© du pays, on est encore loin d’une croissance pour tous. Il y aurait en CĂ´te d’Ivoire sept millions de chĂ´meurs. Cela veut dire près d’un tiers de la population ! Â»

Des investissements qui vont bon train

Ce constat mitigé de Christian Kouadio est le propre des pays qui sortent d’une crise politique et militaire longue et destructrice pour l’appareil économique. Eric Kacou, responsable du cabinet d’étude ESP réalise pour le compte du patronat ivoirien, la CGE-CI, une enquête sur le climat des affaires dans une dizaine de villes de Côte d’Ivoire. D’après lui, ce contraste entre investissements et malaise social est le même que celui connu par le Rwanda ou l’Angola :

« Il faut souligner que la CĂ´te d’Ivoire sort d’une pĂ©riode très, très difficile, rappelle-t-il. Pour les entreprises, il n’y a rien de pire que de sortir de ce contexte post-crise et le fait que la situation se normalise est une chose que les entreprises saluent Â».

Un salut qui passe par un accroissement des projets d’investissements selon le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), le pays aurait enregistré un doublement des investissements entre 2012 et 2013 pour arriver à 506 milliards de FCFA (environ 760 millions d’euros).

Loyers trop chers et bidonvilles en expansion

Les investissements en hausse, une croissance en constant progrès, des Ă©lĂ©ments positifs qui ne se retrouvent pas dans l’assiette de l’Ivoirien. Le coĂ»t des logements par exemple : pour la seule ville d’Abidjan, qui compte 10 millions d’habitants avec son agglomĂ©ration, on estime qu’il faudrait construire 200 000 logements lĂ  ou l’on en compte seulement 3 000 construits par an. RĂ©sultats : les loyers ou le prix Ă  l’achat flambent et d’immenses bidonvilles enflent Ă  la pĂ©riphĂ©rie d’Abidjan.

« Du fait des logements trop chers, on voit des bidonvilles grossir autour d’Abidjan, tĂ©moigne Georges Adon, de la communautĂ© de bĂ©nĂ©voles Sant’Egidio. Près de 60% de la population vit dans la difficultĂ© compte tenu d’une inflation des prix du logement, mais aussi de celle des denrĂ©es alimentaires. En deux ans, le prix du sac de riz de 25 kilos est passĂ© de 17 000 francs CFA Ă  23 000 francs CFA. »

Malgré les efforts du gouvernement pour pallier certaines difficultés comme le doublement du salaire minimum, ou des tentatives du contrôle des prix sur certains produits de première nécessité, l’impatience de la population est grande. Si la reprise économique est bien là, il s'agit aux yeux de beaucoup d'une reprise à deux vitesses.
Un tempo qu'il faudra sans doute rectifier pour le gouvernement à l'horizon des prochaines échéances électorales de 2015.

@RFI

Categories : Economie
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